Le cargo à voiles de Neoline utilisera des batteries de Renault

L’armateur nantais développe un système de stockage d’énergie avec le constructeur automobile. Mais le début de la construction du navire est retardé à cause de la hausse du coût des matériaux.

Après une première vie sur le bitume, plusieurs dizaines de batteries de véhicules électriques Renault vont en avoir une seconde sur l’océan Atlantique. Neoline, l’armateur nantais qui ambitionne de faire construire un cargo à voiles de grande taille, mène en ce moment un projet de recherche et développement avec Renault.

Lancé il y a plus de trois ans, il consiste à utiliser des batteries électriques de véhicules en fin de vie pour équiper Neoliner, un navire de 136 mètres de long qui doit relier Saint-Nazaire à Baltimore, aux États-Unis. Le constructeur automobile a ainsi conçu un système de stockage d’énergie terrestre qu’il veut navaliser pour la marine marchande.

Neoline prévoit d’installer dès l’an prochain un pack de 70 batteries de 15 kilowattheures (kWh) sur Neoliner, soit une puissance disponible de 1 000 kWh. Ce projet, d’un coût de plusieurs centaines de milliers d’euros, est présenté comme la première expérimentation de ce type sur un navire de cette taille. Il doit encore recevoir sa certification avant d’être installé. Si le test s’avère concluant, le déploiement de ce système sur les navires de commerce pourrait leur permettre de faire baisser leur consommation d’énergie.

Système d’hydro génération

Durant les traversées océaniques, le pack de batteries doit permettre de diminuer, voire d’arrêter, l’usage des groupes électrogènes thermiques. Pour se recharger en énergie, Neoliner utilisera un système d’hydro génération : l’hélice du cargo alimentera les batteries quand les voiles le propulseront. Entraînée par l’écoulement de l’eau, elle produira de l’énergie propre comme une hydrolienne.

À partir de 14 nœuds, le procédé doit produire plus d’énergie qu’en consomme le navire. La durée de vie des batteries réutilisées est estimée à dix ans. À terme, Neoline prévoit d’utiliser des batteries plus capacitaires pour pouvoir stocker jusqu’à 3 000 kWh. Elles permettront alors de se passer de moteurs thermiques pour les manœuvres dans les ports.

La mise en service du Neoliner, dont les voiles d’une surface de 4 200 m² doivent permettre de réduire de 90 % sa consommation de carburant, est prévue après l’été 2023. Plus tard qu’initialement escompté. C’est Neopolia, un groupement d’entreprises industrielles de l’Ouest, qui doit en assurer la construction.

Carnet de commandes rempli

Après la fabrication de la coque dans un chantier naval turc, 65 % de la construction doit avoir lieu en France. « Nous négocions actuellement avec Neopolia à cause de l’augmentation du prix des matériaux », indique Jean Zanuttini, le président de Neoline, qui compte cinq salariés. La construction doit débuter entre la fin de l’année et le premier semestre 2022. L’enveloppe du projet sera de 50 millions d’euros, soit un coût revu à la hausse.

Dans tous les cas, Neoline peut compter sur un carnet de commandes déjà rempli. Plusieurs entreprises dont Clarins, Renault, Manitou, Michelin et Bénéteau ont signé un engagement ferme pour faire transporter leurs produits vers les États-Unis par le cargo. « Cela représente un taux de remplissage de 90 % dans le sens France-États-Unis, indique Jean Zanuttini. Des efforts sont en cours pour remplir le Neoliner dans l’autre sens. »

Source : https://cutt.ly/KYkKo2f